Oníricas (6) A Musa de Boris Vian






Kurt Schwitters, Merzbild 1 A. O Psiquiatra(1919), Colagem, 48,5x 38,5 cm) Colecção Thyssen-Bornemisza, Lugano.











À ma Muse


Pourquoi me souffles-tu toujours des âneries
Je ne t'ai point traitée comme vile putain
Tu me fais un beau vers, je l'écris, puis soudain
A l'improviste, tac ! c'est la plaisanterie

Le mauvais calembour, la plate pitrerie
De plus ou moins de goût. Je pencherais pour moins.
Ça rappelle Diogène en habit de gandin
Pascal en chansonnier disant des rosseries

Beethoven dans un champ jouant du mirliton,
Paul Claudel au sabbat chevauchant un bâton
Un mauvais rebouteux guérissant Hippocrate

C'est, chantant un air swings Marcel Cachin tout nu
Pie douze en l'appareil d'un grand diable cornu...
C'est un chapeau de clown sur le chef de Socrate...



Haute philosophie

Cauchemars aux doigts de charbon
Démons dansant, aride arête
Des pics noir sur blancs dont la crête
Masque l'abime que d'un bond

L'on franchit pour y choir, gibbons
Pendus aux gibets, sales têtes
De folles, viles, molles bête
Gluants sansonnets du Gabon

Ma ceervelle tordue s'entête
A vous chercher, pâles comètes
Aux arômes nauséabons

Et je vous chéris et vous fête
Car les mauvais rêves sont longs
Si ce sont les bons qu'on regrette.


Boris Vian

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