18.5.06

Pour Elisanne


*
Je préfère les roses, mon amour, à la patrie,
Et j'aime plus les magnolias
Que la gloire et la vertu.

Pourvu que la vie ne m'épuise pas, je laisse
La vie passer en moi,
Pourvu que je reste le même.

Qu'importe à celui pour lequel plus rien n'importe,
Que l'un perde et l'autre gagne,
Si l'aurore toujours brille,




Si chaque année avec le printemps
Les feuilles se montrent
Et tombent à l'automne?

Pour le reste, ces autres choses que les humains
Ajoutent à la vie,
Que font-elles grandir en mon âme?

Rien, sauf un désir d'indifférence,
Une confiance veule
Dans l'heure fugitive.


Fernando pessoa/Ricardo Reis, Oeuvres Poètiques,(Paris, Fourbis, 1992).

* Pierre-Auguste Renoir, Les Roses, (1878), óleo sobre tela,15 3/4 x 12 1/4 in.
The Aaron M. and Clara Weitzenhoffer Collection, 2000.

Je porte en mon cœur
comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein
tous les lieux que j'ai hantés,
tous les ports où j'ai abordé,
tous les paysages que j'ai vus par des fenêtres
ou des hublots,
ou des dunettes, en rêvant
et tout cela, qui n'est pas peu, est infime au regard
de mon désir


(extrait de passage des heures, de Alvaro de Campos)

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