14.4.09

Le Château ... The Castel ...



... K persuading a hopeless question ...
... K poursuivant sa quête désespérée ...

Sans doute avait–il crié dans le téléphone, car voilà que quelqu'un répondait. Cela donna la conversation sui­vante :

– Allô, ici Oswald, qui est à l'appareil ?

C'était une voix sévère et hautaine, avec un petit défaut d'élocution qu'on cherchait à compenser, crut sentir K., par un surcroît de sévérité. K. hésitait à se nommer, ce téléphone le désarmait, l'autre pouvait le rembarrer sè­chement et raccrocher, et K. se serait alors fermé une porte qui n'était peut-être pas sans importance. Les hésitations de K. impatientèrent l'homme, qui répéta :

– Qui est à l'appareil ? Et il ajouta: J'aimerais qu'on appelle un peu moins souvent depuis ce poste, on vient déjà d'appeler à l'instant.

K. ne releva pas et, se décidant brusquement, dit :

– Ici l'assistant de M. le géomètre.

– Quel assistant? Quel Monsieur? Quel géomètre?

K. se rappela la conversation téléphonique de la veille et dit sèchement.

– Demandez à Fritz.

Cela marcha, à son grand étonnement. Mais il s'étonna encore davantage de la cohésion de ces services. On répondait en effet:

– Je suis au courant. L'éternel géomètre. Oui, oui. Et ensuite ? Quel assistant ?

– Joseph, dit K.

Il était un peu gêné par les murmures des paysans derrière son dos, ils n'approuvaient manifestement pas que K. ne déclinât pas sa véritable identité. Mais K. n'eut pas le temps de s'occuper d'eux. le conversation requit toute son attention. On rétorquait:

– Joseph ? Les assistants se nomment... (un temps, manifestement on s'enquérait des noms auprès de quelqu'un d'autre)... Arthur et Jérémie.

Ce sont les nouveaux assistants, dit K.

– Non, ce sont les anciens.

– Ce sont les nouveaux, tandis que moi je suis l'an­cien assistant, qui a rejoint aujourd'hui M. le géomètre.

– Non ! cria le téléphone.

– Alors, qui suis-je ? demanda K. sans se départir de son calme.

Et au bout d'un petit moment la même voix, qui avait le même défaut d'élocution et qui était pourtant comme une autre voix, plus profonde et plus imposante, dit:

– Tu es l'ancien assistant.

K. écoutait encore ce timbre de voix et, pour un peu, il n'aurait pas entendu la question qui suivit:

– Que veux-tu ?

Il aurait préféré raccrocher. Il n'attendait plus rien de cette conversation. Il se força à demander encore rapide­ment:

– Quand mon maître peut-il venir au Château ?

– Jamais, lui fut-il répondu.

– Bien, dit K. et il raccrocha.


Kafka, Le Château, Garnier Flammarion – p. 40 à 45

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