the terrace
19.6.09
Kitsch e-cards from the terrace
Le laurier du Generalife
Dans le Generalife, il est un laurier-rose,
Gai comme la victoire, heureux comme l'amour.
Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose ;
Une perle reluit dans chaque fleur éclose,
Et le frais émail vert se rit des feux du jour.
Il rougit dans l'azur comme une jeune fille ;
Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair.
On dirait, à le voir sous l'onde qui scintille,
Une odalisque nue attendant qu'on l'habille,
Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.
Ce laurier, je l'aimais d'une amour sans pareille ;
Chaque soir, près de lui, j'allais me reposer ;
A l'une de ses fleurs, bouche humide et vermeille,
Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille !
J'ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser...
Théophile Gautier
Nerium oleander
18.6.09
11.6.09
Opuntia ficus-indica
Mélopée kabyle
Je viens de ce pays à l’enfance fracassée
Où frémissent des parfums de promesse d’été
Je viens de ce pays à franges de méditerranée
Où se disperse l’arôme tendre de criques uniques
Entre eucalyptus iode et lentisques aromatiques
Je viens de ce pays à bourrasques de soleil
Où s’enracinent essences rares à parfumer le ciel
Où s’alourdissent fruits luxuriants gorgés de miel
Je l’ai vu Kabyle dans l’eau claire des fontaines
Dans les mains rougies des laveuses de laine
Je l’ai bu sirop sève du figuier de Barbarie
Menthe mousse cérémonial au parfum d’Arabie
Je l’ai vu Mitidja grenier à blé orangers en vergers
Je l’ai vu Casbah terrasses et venelles en cascades
Je l’ai su jardin mandarine et treille de glycine
Jasmin en grappes épicées cannelle en pincée
Je l’ai vu doux danser les sarabandes en essaim
Je l’ai vu noir frémir d’effroi au soir de la Toussaint
Je l’ai vu pourpre au fracas des balles mortel dard
Bleu d’encre marine le soir du grand départ
Je viens de ce pays à maléfices sombres
Embrasé souillé aux frénétiques livré
D’âmes errantes peuplé ultimes ombres
Grenade doucereuse à l’odeur de chairs brûlées
Je viens de ce pays qui s‘effrite sable en mille grains
Qui glisse poussière cendre entre mes mains
Mais il suffit d’une mélopée d’un parfum
Pour qu’il revienne
Pour qu‘il me reprenne
De lui tout entier j’ai faim
Pour moi seule je le veux
Cerné de bleu
S’éblouissant
Du blanc de ses façades
Du galbe de ses arcades
S’évanouissant
Concentré de souvenirs
Au lent des voyages immobiles
Au vide des retours impossibles
Anny AYRAUD
L’ÉTERNITÉ DU FIGUIER DE BARBARIE
- En direction du vent, mon enfant
A la sortie de la plaine où les soldats de Bonaparte édifièrent une butte
Pour épier les ombres sur les vieux remparts de Saint-Jean-D’Acre
Un père dit à son fils : N’aie pas peur
N’aie pas peur du sifflement des balles
Adhère à la tourbe et tu seras sauf. Nous survivrons
Gravirons une montagne au nord, et rentrerons
Lorsque les soldats reviendront à leurs parents au lointain
- Qui habitera notre maison après nous, père ?
- Elle restera telle que nous l’avons laissée mon enfant
Il palpa sa clé comme s’il palpait ses membres et s’apaisa
Franchissant une barrière de ronces, il dit
Souviens-toi mon fils. Ici, les Anglais crucifièrent ton père deux nuits durant sur les épines d’un figuier de Barbarie
Mais jamais ton père n’avoua. Tu grandiras
Et raconteras à ceux qui hériteront des fusils
Le dit du sang versé sur le fer
- Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
- Que la maison reste animée, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants
L’éternité ouvre ses portes de loin aux passants de la nuit
Les loups des landes aboient à une lune apeurée
Et un père dit à son fils
Sois fort comme ton grand-père
Grimpe à mes côtés la dernière colline des chênes
Et souviens-toi. Ici le janissaire est tombé de sa mule de guerre
Tiens bon avec moi et nous reviendrons chez nous
- Quand donc, mon père ?
- Dans un jour ou deux, mon fils
Derrière eux, un lendemain étourdi mâchait le vent dans les longues nuits hivernales
Et les hommes de Josué bin Noun édifiaient leur citadelle
Des pierres de leur maison
Haletants sur la route du Cana, il dit : Ici
Passa un jour Notre Seigneur. Ici
Il changea l’eau en vin puis parla longuement de l’amour
Souviens-toi des châteaux croisés
Anéantis par l’herbe d’avril, après le départ des soldats
(…)
Mahmoud Darwich, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?, Arles, Actes Sud, 1996
6.6.09
Rosa rosae (2)
4.6.09
Rosa rosae ...
Pourquoi les roses sont-elles si pâles ...
Pourquoi les roses sont-elles si pâles,
dis-moi, ma bien-aimée, pourquoi?
Pourquoi dans le vert gazon les violettes
sont-elles si flétries et si ennuyées?
Pourquoi l'alouette chante-t-elle d'une voix
si mélan colique dans l'air?
Pourquoi s'exhale-t-il des bosquets de jasmins
une odeur funéraire?
Pourquoi le soleil éclaire-t-il les prairies
d'une lueur si chagrine et si froide?
Pourquoi toute la terre est-elle grise
et morne comme une tombe ?
Pourquoi suis-je moi-même si malade et si triste,
ma chère bien-aimée, dis-le-moi?
Oh! dis-moi, chère bien-aimée de mon coeur,
pourquoi m'as-tu abandonné?
Gérard de Nerval
Digitalis purpurea
fox glove poem
last year
same time
same time as this
I was hidden hidden by the walls
dark red
I did not know the fox gloves then
the leaves of the fox gloves
are pale fur
between the hills
I shall never know the river
yet I bathe my head in its waters
walk on its smooth stones
I shall never know the trees that stand on the other side I know only the fox gloves the fox gloves
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