29.4.09

Leonora Carrington (1917) & Max Ernst (1891 - 1976): Couples d'Artistes (2)



E.L.T. Mesens, Max Ernst,Leonora Carrington and Paul Éluard, Lamb Creek, Cornwall England, (1937), photo de Lee Miller (1907-1977).


En souvenir de leur histoire, belle, violente et tragique

Leonora Carrington est une de ces figures complexes et passionantes de la scène surréaliste - bien qu'elle a dit qu'elle n'était pas surréaliste, mais qu'elle vivait avec Max (0) - dont la vie est parsemée de rencontres bouleversantes et d'expériences tragiques.

En 1936, inscrite à l’Académie d’art créée à Londres par Amédée Ozenfant, Leonora Carrington a visitée l’Exposition internationale du Surréalisme aux New Burlington Galleries.

Il faut dire que son premier contact avec le mouvement surréaliste - et avec Max Ernst - fut la contemplation de l'illustration de la couverture du livre de Herbert Reed Introduction to Surrealism (London, Faber & Faber, 1936) - cadeau de sa mère. Elle a été très impressionnée, profondément émue et touchée par cette réproduction de l'oeuvre de Max Ernst, "Deux Enfants Menaces Par un Rosignol". Puis, elle a fait connaissance de lui à l'occasion d'un dîner offert chez sa amie Ursula Goldinger femme de l'architecte Erno Goldfinger. Elle est, immédiatement, tombée amoureuse de Max Ernst. Leur rencontre, en 1937, fut marquée par un coup de foudre réciproque. (1)

Après un séjour à Paris le couple s’est installé à Saint-Martin d’Ardèche où Leonora Carrington a écrit ses premières nouvelles - La maison de la Peur et La Dame Ovale - illustrées par Max Ernst.




Leonora Carrington, La Maison de la Peur, Préface et Illustrations de Max Ernst (Paris, 1938), p.2.



Leonora Carrington, La Maison de la Peur, Préface et Illustrations de Max Ernst (Paris, 1938), p.11.

Elle a exposé en 1938 à la dernière Exposition Internationale du Surréalisme de l’entre-deux-guerres dans la Galerie des Beaux-Arts à Paris. À Saint-Martin d'Ardèche ils ont vécu et travaillé ensemble jusqu’à l’arrestation d’Ernst, après l’occupation - ils travaillent de concert, Leonora dessinait et sculptait des chimères, ses propres mythes, les créatures de son univers onirique, elle était la "mariée du vent" qu'Ernst avait peinte dix ans plus tôt et qu'il reconnaît en elle (2). Pendant presque quatre années, ils ont essayer de "construire, leur monde au moment où le monde était au bord de la destruction" (3), mais les hasards de la guerre ont dégonfflé leur bulle idyllique.



Leonora Carrington, La Dame Ovale/avec sept collages par Max Ernst, (Paris, Guy Lévis Mano, 1939).



Leonora Carrington, La Dame Ovale/avec sept collages par Max Ernst, (Paris, Guy Lévis Mano, 1939), p.11.



Leonora Carrington, La Dame Ovale/avec sept collages par Max Ernst, (Paris, Guy Lévis Mano, 1939), La Débutante,p. 20.

En 1939, Ernst est arrêté par la police française parce qu'allemand et, en 1940, parce qu'anti-nazi. Affolée, hallucinée, elle s'enfuit en Espagne. Dans cette situation insoutenable, elle sombre dans le délire et est internée dans une clinique psychiatrique sous l'infleuence de ses parents. Elle relate son internement psychiatrique en Espagne dans son récit En Bas. Elle parvient à s'échapper de l'hôpital psychiatrique de Santander. Déjà à Lisbonne elle a demandé refuge à l'embassade du Méxique, elle a retrouvé son ami, le poète et diplomate mexicain Renato Leduc avec qui elle a voyagée pour New York et puis vers le Méxique (4). Au Mexique, terre d'exil, elle est proche de Octavio Paz, Frida Khalo, Carlos Fuentes, Luis Bunuel, Alexandro Jodorowsky et Remedios Varo, sa meilleure amie

Affaiblie par tant de souffrances et des angoissantes expériences de déracinement, le couple ne parvient pas à se rejoindre et a établir un rapprochement. Malgré qu'ils se sont retrouvés à Lisbonne (5).

« Croyez-vous vraiment que le passé meure ? »
« Oui, si le présent lui coupe la gorge »
(Léonora Carrington, L'attente )



Leonora Carrington, La Dame Ovale/avec sept collages par Max Ernst, (Paris, Guy Lévis Mano, 1939), L'oncle Sam Carrington, p. 43.

Bibliographie/Documents

(0)« Je n’ai jamais été surréaliste, déclare Leonora Carrington, je vivais avec Max Ernst »

Nous sommes en 1937. Et il ne faut pas attendre longtemps pour que Max Ernst nous la présente, « bon vent, mal vent », dans sa préface à la Maison de la peur de Leonora Carrington. (1)Bien sûr, il est follement amoureux d’elle, comme elle l’est de lui. Et bien sûr, depuis lors, la pauvreté et l’abondance des commentaires, tour à tour ou en même temps universitaires, psychologiques, esthétiques, féminins, féministes, ont empêché de voir à quelle lumière d’éperdu, pour l’un et pour l’autre, « l’inconscience du paysage devient complète ». (...)Que veut donc Max Ernst ? Est-il indécis ? Hésitant ? Certainement pas. (2) Cette « Mariée du vent », seul lui importe de la reconnaître. Car elle lui est apparue, dix ans plus tôt, comme en témoignent trois toiles de 1927, justement intitulées La Mariée du vent, où, à chaque fois, un entrelacs de chevaux impétueux (...) Alors, comment ne la reconnaîtrait-il pas, un an plus tard, la « Mariée du vent », sous les traits de Leonora Carrington, pour qui les apparences ont si peu d’importance que, dans son autoportrait de 1938, le cheval à bascule, la couronnant comme une immense parure de tête, va donner au tableau sa structure tournoyante qui emporte d’abord le regard vers l’échappée d’un cheval blanc dans un paysage d’aube, pour d’autant mieux ramener l’attention sur un hyène noire, aux yeux bleus et aux mamelles gonflées, qui se tient en arrêt au centre de la scène, face à la jeune femme en tenue cavalière ? Comment ne la reconnaîtrait-il pas, la « Mariée du vent », dans l’innocence de celle qui dévoile quelle sauvagerie veille à l’aurore des choses comme à la naissance des rêves ? (...) Et il n’est pas jusqu’aux petites bottines noires de la cavalière qui n’annoncent les sabots luisants dont Max Ernst va bientôt chausser nombre des apparitions de Leonora Carrington dans sa peinture des années suivantes. De sorte qu’on se sera beaucoup trompé à vouloir expliquer ce qui a lié et séparé les amants, à partir des grilles en mou de veau de la femme-enfant ou de la femme-muse, alors que ce sont, à l’évidence, les trajectoires du rêve qui, de part et d’autre, ont déterminé leur rencontre. (3) Peut-être même, quand ils se retirèrent en 1938 à Saint-Martin d’Ardèche pour construire leur monde au moment où le monde était au bord de la destruction, ont-ils cru, comme Max Ernst l’avait rêvé, quinze ans plus tôt, dans un de ses tableaux les plus érotiques, que « les hommes n’en sauront rien. Annie Le Brun, Leonora Carrington, La Mariée du vent, (Paris,Gallimard), 2008, pp. 31-39


(4) En 1944, Carrington a publié "Down Below" qui contient les experiences de Carrington quand elle a fait une dépression. C'est l'histoire de l'écroulement de son monde et d'elle même. "I begin therefore with the moment when Max was taken away to a concentration camp...I wept for several hours, down in the village; then I went up again to my house where, for twenty-four hours, I indulged in voluntary vomitings induced by drinking orange blossom water and interrupted by a short nap. I hoped that my sorrow would be allayed by those violent spasms which tore my stomach apart like so many earthquakes...I had realized the injustice of society...My stomach was the seat of that society, but also the place in which I was united with all the elements of the earth. It was...the mirror of the earth, the reflection of which is just as real as the person Depuis trois semaines, elle n'a pas mangé. Elle était choquée emotionnellement puisque son monde familier n'a plus existé. Sa dernière dépression nerveuse s'est passée à Madrid où elle a menacé l'ambassade britannique qu'elle allait tuer Hitler et qu'elle allait libérer l'humanité. On l'a mise en asile et son emprisonnement est plein d'images violentes, "they tore my clothes off brutally and strapped me naked to the bed accompanied by intense pain and vivid hallucinations". Elle s'est échappée des confinements de l'asile et après quelques semaines, elle a rencontré Renato LeDuc et s'est mariée avec lui. Allison's Home Page, Les Oeuvres Surréalistes de Frida Kahlo et Leonora Carrington

(5)Susan Rubin Suleiman, Risking who one is: encounters with contemporary art and literature, (Harvard University Press, 1994) , pp. 92-93.

L'aventure surréaliste

Joanna Moorhead, Leonora Carrington and Me, (The Guardian, Tuesday January 2, 2007)

Illustrations d'après: Max Ernest, Obra Gráfica (1919-1974), Deutsch Lufthansa AG/ Promoção Cultural, pp. 106-111. (20 de Janeiro-28 de Março, Fundação Calouste Gulbenkian).

27.4.09

David McDermott & Peter McGough: Couples d’artistes (1)



... Les artistes en couple soulèvent toutes les passions ...



L’activité de création s'écrit généralement à la première personne. Malgré ça, certains choisissent de travailler à deux ... Entre osmose et compétition, les différents parcours se conjuguent de façon plus ou moins harmonieuse...

Couples d’artistes ... une façon d’échapper à la solitude de la création
individuelle ? À deux c'est mieux (?)... loin du cliché de l’artiste solitaire, la création à deux têtes, c’est plus de concepts, plus d’idées ... l'imagination créatrice, l'intuition sensible, la conception du monde - Weltanschauung - multipliées fois deux ...

Les couples d’artistes qui coopèrent ensemble depuis des années developpent et partagent un engagement, un langage, une signature de base de données commune et propre, c'est le cas du duo créateur David McDermott & Peter McGough

Refusant de souscrire à la «théorie biblique du temps linéaire» et donc de se laisser enfermer dans le cadre contemporain du temps, McDermott & McGough en dépassent les frontières et en rejettent le principe de divisibilité chronologique. Ils considèrent que toutes les époques coexistent dans le même temps, établissant un lien simultané entre passé, présent et futur.

14.4.09

A Little Cloud ...






Little Cloud

How sweet to be a cloud, floating in the blue.

Lying awake, late the other night
Heard above me a trembling,
I looked up, it was a little cloud,
From which a gold string was dangling;
You know, I gave the string a little pull,
Just to see what was on the other end.
Just then a voice came down to me, says,
"Hey, now, don't you want to be my friend,

And float with me to distant lands,
wondrous and fair;
Float with me to distant lands wondrous and fair?
You see I'm just a happy little cloud,
I laugh and float and sing my song,
But the other clouds don't like me none.
They say I am behaving very wrong.
You see a cloud's supposed to be sad,
To cry and weep and tear its hair and all,
And don't matter how hard I try,
I can't get the first little tear to fall."

And float with me to distant lands, wondrous and fair;
Float with me to distant lands, wondrous and fair;

I said, "Hey, I like you little cloud,
You are a nice little fellow, yes."
"You making some, kind of a joke?", said the cloud,
"Now can't you see I'm wearing such a pretty dress?
You see I am the prettiest little chick cloud
That you'd find anywhere up above.
I just dropped in on you awhile
To see if you could give me some kind of love."

And float with me to distant lands, wondrous and fair;
Float with me to distant lands wondrous and fair;

Just then the chief cloud come into view
And says, "Hey, girl, now what you think you're doing there?
I told you so many times before
You just don't seem at all to care.
You know you should be floating up above, now
Don't let me catch you down here again."

And as my cloud pulled out of view,
There come failing down a gentle shower of rain.
Happy rain come failing down,
Red, green, blue and golden.
And every drop, as it fell, it smiled
And, throwing back its head, began singing,

"Oh float with me to distant lands, wondrous and fair;
Float with me to distant lands, wondrous and fair."


The Incredible String Band

Le Château ... The Castel ...



... K persuading a hopeless question ...
... K poursuivant sa quête désespérée ...

Sans doute avait–il crié dans le téléphone, car voilà que quelqu'un répondait. Cela donna la conversation sui­vante :

– Allô, ici Oswald, qui est à l'appareil ?

C'était une voix sévère et hautaine, avec un petit défaut d'élocution qu'on cherchait à compenser, crut sentir K., par un surcroît de sévérité. K. hésitait à se nommer, ce téléphone le désarmait, l'autre pouvait le rembarrer sè­chement et raccrocher, et K. se serait alors fermé une porte qui n'était peut-être pas sans importance. Les hésitations de K. impatientèrent l'homme, qui répéta :

– Qui est à l'appareil ? Et il ajouta: J'aimerais qu'on appelle un peu moins souvent depuis ce poste, on vient déjà d'appeler à l'instant.

K. ne releva pas et, se décidant brusquement, dit :

– Ici l'assistant de M. le géomètre.

– Quel assistant? Quel Monsieur? Quel géomètre?

K. se rappela la conversation téléphonique de la veille et dit sèchement.

– Demandez à Fritz.

Cela marcha, à son grand étonnement. Mais il s'étonna encore davantage de la cohésion de ces services. On répondait en effet:

– Je suis au courant. L'éternel géomètre. Oui, oui. Et ensuite ? Quel assistant ?

– Joseph, dit K.

Il était un peu gêné par les murmures des paysans derrière son dos, ils n'approuvaient manifestement pas que K. ne déclinât pas sa véritable identité. Mais K. n'eut pas le temps de s'occuper d'eux. le conversation requit toute son attention. On rétorquait:

– Joseph ? Les assistants se nomment... (un temps, manifestement on s'enquérait des noms auprès de quelqu'un d'autre)... Arthur et Jérémie.

Ce sont les nouveaux assistants, dit K.

– Non, ce sont les anciens.

– Ce sont les nouveaux, tandis que moi je suis l'an­cien assistant, qui a rejoint aujourd'hui M. le géomètre.

– Non ! cria le téléphone.

– Alors, qui suis-je ? demanda K. sans se départir de son calme.

Et au bout d'un petit moment la même voix, qui avait le même défaut d'élocution et qui était pourtant comme une autre voix, plus profonde et plus imposante, dit:

– Tu es l'ancien assistant.

K. écoutait encore ce timbre de voix et, pour un peu, il n'aurait pas entendu la question qui suivit:

– Que veux-tu ?

Il aurait préféré raccrocher. Il n'attendait plus rien de cette conversation. Il se força à demander encore rapide­ment:

– Quand mon maître peut-il venir au Château ?

– Jamais, lui fut-il répondu.

– Bien, dit K. et il raccrocha.


Kafka, Le Château, Garnier Flammarion – p. 40 à 45

7.4.09

We're That Couple in the Castle ...



We're at Nineteen Moonbeam Terrace,
Overlooking Starlight Square,
We're the couple in the castle
Way up high in the air!
On the corner there's a cloud bank,
and we bank our millions there

We're the couple in the castle in the air.

One day a daydream came a stealing
Through the gloomy part of town.
Well, that daydream brought us way up here
And we'll never come down
Call us Lord and Lady Stardust,
Call us crazy, we don't care,
We're the couple in the castle in the air.


Glenn Miller